


J’ai longtemps pensé que mon travail serait un moyen de me préserver du monde et d’interroger mon “propre univers” mais en réalité j’ai très vite compris que mon engagement à l’art était tout naturellement lié à une vocation plutôt qu’à la réaction contestataire de mon individu.
Je crois que ce qui est acquis dans les prémices de l’enfance ne s’altère pas, au contraire, l’adulte exacerbe ce qui est inné même si l’éducation façonne quelque peu. Mon expérience aux Beaux-Arts me semblait trop dirigiste et j’étais persuadé de perdre ma spontanéité d’enfant, j’ai donc décidé d’ignorer totalement les procédés académiques au profit du développement du geste à l’état presque originel, afin de préserver l’expression instinctive.
Travailler comme coloriste dessinateur a mis en exergue ma forte attraction pour la couleur et mon déterminisme à exploiter celle-ci comme unique moteur de mon travail.
Mon expérience parisienne a révélé en moi au-delà du dessin et des aquarelles une envie presque évidente : me mettre à la sculpture. J’avais besoin d’entrer dans la 3e dimension, à mes dimensions, à la démesure du monde ! Des petits personnages de 20 à 30 cm, j’ai réalisé des œuvres jusqu’à 4 mètres : de quoi décontenancer le spectateur et lui redonner sa vision d’enfant sur le monde !
J’étais obsédé par la sculpture, mes croquis semblaient prendre vie et sortir des aplats, tous les effets de perspective et de trompe-l’œil ne suffisaient pas, il fallait matérialiser l’œuvre.
La forme devient alors évidente, structure et forme sont indissociables. Je choisis la résine pour englober le squelette de fil de fer, puis la couleur vient après. J’ai donc franchi le pas, exprimant de plus en plus mon univers au travers des personnages aux “longs bras” des animaux mais aussi des machines aux mécanismes insolites.
Ce qui m’importe le plus c’est d’être de plus en plus en corrélation avec moi-même et “sculpter” mon futur le plus naturellement possible.
Mes sculptures prennent corps dans un procédé d’étapes simples. Si on parle de sculpture dans mon travail on ne pourra pas l’assimiler au plein et vide du bronze et du moule, il n’y a pas d’empreinte ni de modelage. Si chez Rodin on parle de masse sortie du bloc ou d’un travail “d’enlever” de la matière et d’ajout de matière chez Giacometti, je pourrai dire de mon travail qu’il s’agit plus d’une architecture où prédominent la structure et l’enveloppe.
Je commence par une structure en grillage qui justifie la forme, je l’enveloppe de bande de plâtre pour donner corps, enfin j’utilise une résine synthétique et de la fibre de verre pour pouvoir travailler rapidement en mélangeant la couleur à la résine.
Cela me permet donc d’obtenir un travail léger et de jouer avec la transparence.
Le mélange de la couleur et de la résine donne plus de liberté à celle-ci, je joue également du côté accidentel de ce mélange ! L’accident, en effet dans l’élaboration de l’œuvre est très importante, il redonne un côté spontané et réactionnel du processus de création. Si la couleur existe physiquement par la lumière, je dirais que mon travail existe par celle-ci. Elle m’entoure et me submerge. Comme les impressionnistes, je suis poussé vers cette lumière qui donne une dynamique à mon œuvre. Mon message au travers de mon travail serait : « se donner n’a de sens que si l’on se possède. » Je cite Camus parce que lorsqu’une chose est si joliment exprimée il faut la conserver intacte.
Mes sculptures vont à la rencontre des spectateurs. C’est un travail de scénographie, je mêle mes personnages issus d’un univers virtuel au monde réel.